Samedi 10 mai 2008


Chams qui était en âge d'être un jeune homme, ressentait de plus en plus fort le besoin de sceller sa chair avec le corps d'une jeune femme, d'avoir une compagne pour éclairer ses envies. Chams qui avait juré de ne pas passer à l'acte, son éducation avait emplie ses journées de foi et de sport, et il avait promi devant Dieu de rester vierge pour son mariage. Lui qui était un garçon pieux et d'une grande éducation.
Chams était donc amer. Encore trop jeune pour demander la main d'une fille mais qui surtout n'avait pas encore de quoi subvenir aux besoins matériels d'une épouse.
Le besoin et l'envie d'assouvir les plaisirs doux d'une femme devenaient chaque jour plus fort. Il se taisait, s'occupait comme il pouvait, ici, où les voix retentissent de là haut...





Kamar avait les cheveux d'un noir parfait qui lui tombaient sur le front. Petit, sa mère l'appelait "zitouna" car ses yeux et ses cheveux étaient d'un noir qui brillait.
Kamar était un prénom peu courant chez les garçons, mais sa mère était persuadée d'avoir une fille. Lorsqu'on lui montra le petit garçon elle pleura, elle qui souhaitait une fille. Elle délaissa l'enfant plusieurs jours refusant de le porter d'après les voisines. Les pleurs qui sortaient de la cour de la maison s'étaient arrêtés au bout d'une semaine, elle finit par accepter. Elle donna au petit garçon le prénom qu'elle avait choisi pour une fille.


Petit, Kamar restait toujours prés de sa maman, à vrai dire, l'enfant qui la désespéra tant devint la Lumière de ses journées. Les yeux grands, les cheveux presque longs pour un garçon, elle veillait et s'émerveillait devant son fils, il était un cadeau, sa zitouna. Il aimait  tourner tourner tourner autour d'elle à s'en rendre malade lorsqu'elle frottait entre ses mains les habits de la famille. Quand il grandit un peu elle accepta malgré elle que son père l'emmène grimper sur les barques usées, sur le petit port, jouer entre les filets.

Aujourd'hui, Kamar est toujours ce garçon plutôt fin, mais de larges épaules et un torse surplombant sa haute taille avaient fait place. Les cheveux sur le front et des yeux noirs nuit, il était un homme. Le temps avait passé... il était maintenant le seul homme de la famille.
Même s'il était habillé salement, ou vêtu simplement d'un débardeur, les seuls habits que usait son corps, les filles le regardaient souvent par les fenêtres quand il descendait la basse rue de sa démarche ennuyée. Elle chuchotaient et rigolaient discrètement devant la nonchalance de ses mèches qui lui tombaient sur les yeux.





Dans les quartiers perchés, une maison blanche et grande. Une de ces maisons qui ne sont pas ratachées les unes aux autres contrairement à la fourmilière des bas quartiers. Ici l'intimité est intacte.
Quelques jasmins et roses grandissent et flânent à l'ombre des murs. Une dame dans un tissu blanc qui lui couvrait les cheveux jusqu'aux pieds le pincait du bout des lèvres pour le maintenir tandis qu'elle prenait soin de ses roses et de ses jasmins. Quand plus rien ne la retenait à l'intérieur de la maison, elles aimait venir là s'occuper et couver du regard ses fleurs.
Elle se détourna et observa la ville qui s'étendait en bas, de là elle apercevait un grouillement vertigineux. La ville se pressait, s'arrêtait parfois dans un silence assourdissant et reprenait de plus belle. Tout cela lui semblait si proche et si loin à la fois. Chez elle, les fenêtres étaient grandes ouvertes, le soleil était là, entrait par les ouvertures.
Dans une des pièces en haut, un garçon d'une vingtaine d'années était allongé sur un lit les bras croisés derrière la tête. Ses cheveux était rasés de prés, une fine barbe très courte mais dessinée laissait apparaître une mâchoire carrée. Ni très grand ni petit, ce garçon apparemment athlétique regardait le ciel qui apparaissait par la fenêtre, évasif.

La porte s'ouvrit, un homme d'une cinquantaine d'années au plus entra, bien habillé d'une chemise blanche et d'un pantalon.
- "Papa...heu...Le travail. Le travail ça allait ?" lança le garçon en enlevant ses bras croisés sous sa tête et tirant le bas de son short qui s'était retroussé aux cuisses, d'un air gêné.
- "Oui...mais la marchandise est toujours aussi chère, on nous livre peu, et le peu qu'on a peine à se vendre....les gens n'achètent plus, mais avec l'aide de Dieu tout ira mieux je l'espère..."
- "Oui avec l'aide de Dieu" répliqua le garçon
- "Et toi ? ...Sidi Hamza doit t'attendre, que fais-tu encore là ?"
D'un coup sec le garçon se redressa "Oui Papa oui... je m'habille et j'y vais, je finissais mes devoirs à envoyer..." dit-il en balbutiant.
Il se leva et ouvrit l'armoire pour y chercher de quoi s'habiller. Le père sortit.
Le garçon enfila un pantalon court et un haut blanc, dévala les escaliers de la maison.
Les seules fois où il descendait dans la ville prés des quartiers miséreux c'était pour rejoindre la mosquée et Sidi Hamza, son maître.

Il traversa rapidement la véranda devant sa mère, coupa par les herbes...
- "J'y vais Oumi" lui dit-il en se pressant
- "Que Dieu te guide oueldi" lui lança t-elle.
Mais Chams était déjà en bas d'un pas courant, sur la petite route. En quelques secondes elle n'entendit plus que le bruit des pierres...


Le soleil frappait encore, dans les rues les enfants faisaient comme s'il n'était pas là. Chams longait les murs, il regardait furtivement ces gosses qui venaient surement de quitter l'école et qui étaient rapidement venus remplir les rues. Les maisons étaient ratachées les unes aux autres, leurs murs étaient blancs, parfois dépourvus de couleurs. Ce qui distinguait une darr d'une d'autre était les portes, les maisons n'avaient souvent qu'une seule entrée.

Dans la rue, les vieilles femmes assisent devant les maisons donnaient l'impression d'attendre...Attendre que le soleil se couche, attendre que leurs petits enfants qu'elles reconnaissaient ici ou là se jetent et se pressent entre les jambes de leur père q uand ils rentreraient.
Le garçon marchait sous le regard curieux presque perçant des vieilles femmes.

Il arriva sur une rue plus large, au bout se dressait des coupoles blanches, un minaret, la mosquée était là, debout. Quelques hommes et enfants venaient d'en sortir.
Cette allée était vaste, le sol etait fait de larges pierres, les enfants ne jouaient pas ici, quelqu'uns sortaient des coupoles prenaient rapidement les ruelles perpendiculaires en effrayant les chats qui somnolaient.

Chams s'engouffra dans les lieux, un homme attendait à l'entrée de la grande porte.
L'homme regardait le mur, pensif, faisait glisser ses yeux sur les gravures des murs de la mosquée, il ne s'était pas appercu de l'arrivée du garçon.
- "Sidi, que la paix soit sur vous... Comment allez vous Sidi (maître) ?"
Le maître de Chams et Imam de la mosquée était plutôt âgé mais n'était pas un vieillard, une barbe presque blanche habillait son menton et ses joues, quand il posait son regard sur Chams, celui ci baissait les yeux. Un jellaba blanche, un kabous rouge posé sur sa tête.
- "Ahh oueldi (mon garçon) je ne t'avais pas vu approché..."
- "Dieu accompagne vos pensée Sidi" repliqua le garçon
- "Humm...Et toi comment vas-tu ?"
La voix du vieille homme était presque chevrotante, elle contrastait fortement avec la voix de Chams plutôt grave, le ton posé.
- "Tout pour le mieux... Je suis içi."
- "Et ton Père ? Il me parle beaucoup de toi ces derniers temps. N'oublis pas garçon l'essentiel de la vie, ne t'eparpille pas sur des chemins durs ou sombres..."
- 'Il n'en est rien Sidi..." dit doucement le garçon les yeux au sol.
- "Bien Garçon je voulais te voir pour te demander une faveur." Le vieille homme installa sa parole. "Il nous faut aider, ils nous faut faire quelque chose, il y a des gens qui manquent...qui manquent de tout ces derniers temps. Avec l'aide de Dieu tout ira mieux, mais ils nous faut aujourd'hui agir, pour eux, pour nous et pour Lui."
Chams savait que tout devenait trés dur pour certains gens des quartiers, les denrées se faisaient rares et surtout très chères, et le travail...
- "Heu...oui...les gens sont delaissés, vivent de force, mon père m'en parle. Comment pourrait-on aider ? Comment pourrais-je aider, je suis à vous maître" repondit le garçon en s'interrogeant.




Kamar rentrait, içi les rues sont étroites, des murs restent inachevés. Certaines maisons ne sont pas habitées, vidées par leurs proprietaires. Les endroits étaient vieux, ici les rues étaient sales abandonées, mais malgrè tout, quelques gens y vivaient.
Il remontait la petite rue, le sol était de terre et de pierres, les facades à moitié cimentées. Le soleil était sur le point de tout laisser, on entendait les jeux des enfants dans les rues voisines. Cette rue était une impasse, 3 darrs etaient habitées dont celle où il vivait, celle qui se trouvait au bout. Devant l'une des portes un garçon une pêche à la main, il mordait dedans. Le fruit lui coulait sur les joues, le menton, lui colorait le nez. L'enfant remarqua Kamar de loin, il ne le lachait pas des yeux, il l'observait de bas en haut. Quand le jeune homme passa devant, l'enfant lui regardait les pieds en remontant jusqu'au visage. Le garçon marchait, s'arreta devant, il sourit en lui ebouriffant les cheveux. L'enfant eclata de rire. C'était Wael, il avait entre quatre et cinq ans, il vivait içi avec ses parents. D'un geste direct il tendit la pêche à Kamar...
- "Non Wael mange" lui repondit le garçon en souriant.
Le fruit ecrasé dans la main, l'enfant passa rapidement sous le tissu accroché à l'entrée et sortit un ballon qu'il tenait tant bien que mal dans une main et le posa devant Kamar.
- "Après  Wael, aprés..."
L'enfant tappa du pied le ballon contre le mur...Le jeune homme alla jusqu'au bout de la rue et entra dans la darr.

A l'interieur de la maison une cour peu eclairée donnait accès à trois pièces. Des barils en acier étaient dans le coin, ils étaient parfois remplis pour la lessive. Un petit velo qui perdait sa couleur bleue trainait là, rouillé. Un tissu étendu au sol sur lequel était posé des graines...
La cuisine était eclairée, il entra.
"Ahh oueldi, je t'ai pas entendu entrer"...
Kamar s'appuya contre le mur, il resta là à observait sa mère.
Khadija parlait, laissait eclater des rires et parfois la cuisine retombait dans le silence.
Khadija était habillée d'une jellaba rouge aux bras denudés, elle était grande et fine, les années ne l'avaient pas marquées, elle était belle, les lèvres rouges. Une ceinture de tissu marquait sa taille. Ses cheveux noirs lui tombaient sur les épaules. Les pendants blancs de corails qu'elle portait aux oreilles changaient et se transformaient aux fil des années. Le khôl soulignait ses grands yeux noirs. Kamar ne pouvait être que son fils.
- "...Aller va te laver" lui dit-elle
- "Omi... il fait nuit, il fait frais" repliqua le garçon en soufflant.
- "L'eau chauffe déjà !" 
Il lui sourit et se retourna.

Il plaça un morceau de caoutchou sur le robinet de la cour et il commenca à remplir un des barils.
L'eau coulait, il se deshabilla, il enleva son tee shirt sali et le pantacourt en jeans, il resta là, penché, à regarder le baril se remplir, il était en slip. Sa mère sortit de la cuisine, il stoppa le robinet. Elle portait à bout de bras un grand recipient en fonte plein d'eau chaude qu'elle deversa dans le baril. Le garçon plongea sa main, pour s'assurer que l'eau n'était pas encore froide. Il enjamba le tonneau d'un saut et se recrovilla, l'eau se deversa par flot, il plongea la tête.
- "...et tu voulais pas te laver ?" lanca t-elle. Mais il n'entendit rien.
Il resta ainsi, emmergant la tête de l'eau. Se frottant les jambes l'une contre l'autre. Sa mère vint lui frotter les épaules, les cheveux, le visage. Il grimaçait, il trouvait toujours qu'elle ne s'y prennait pas doucement. Ses bracelets d'or teintés, elle lui frottait le visage, ses cheveux lui tombait sur les yeux.
- "C'est bon Omi, c'est bon..." Elle arreta et entra dans une des pieces.
Le garçon sortit, l'eau s'egouttait sur son corps. Sa mere revint, un sous vetement à la main, elle lui donna et se retourna pour entrer dans la cuisine. Kamar enleva son caleçon trempé et enfila le sous vetement sec. Il resta ainsi debout, alla vers le rebord de la fenêtre de la chambre, il tira une cigarette qu'il alluma. Il faisait presque nuit. Khadija sortit de la cuisine.
- "On va manger, habille toi si tu as froid..."
Sa mère le regardait à chaque fois comme si elle le regardait pour la première fois.
Il resta là à fumer, à regarder le ciel, la nuit, sa nuit.

 

 

Par Kham's
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires - Recommander

Présentation

Syndication

  • Flux RSS des articles
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus